Parce qu’on mange avec les yeux : les fleurs comestibles


Mettez-y du beau ! 🌺


Par Jeanne B.


Quand j’ai commencé à cogiter sur l’aménagement de mon petit potager au printemps dernier, j’avais en tête de planter quelques légumes, mais je rêvais aussi de jardinières colorées et bien garnies de fleurs. J’habite en ville et nous possédons (mon chéri et moi) un tout petit balcon. Celui-ci a l’avantage d’être exposé au soleil toute la journée, mais pour l’espace, il fallait être stratégique ! Je voulais rentabiliser mon futur paradis urbain au maximum. Malgré mon manque d’expérience et surtout mon manque d’espace, je me suis renseignée, j’ai lu des trucs pour m’inspirer, apprendre, comprendre. J’ai même suivi une formation d’une journée sur les potagers urbains. Les fleurs, c’était pour faire joli, et je me suis dit que tant qu’à y être, pourquoi ne pas planter des fleurs comestibles !


Bref, plans en main, doigts croisés, j’étais, prête à planter, engraisser, donner de l’amour et à voir pousser.


Je suis une fana de cuisine et de bouffe. J’éprouve vraiment beaucoup de plaisir à peaufiner les plats que je cuisine. Même ceux de semaine. Parce qu’on mange aussi avec les yeux ! Non pas que chaque repas doive se transformer en une construction gastronomique élaborée, mais j’aime m’amuser avec les couleurs, ajouter de la texture, rendre ça alléchant, travailler la composition... Ne pas pouvoir résister à l’envie d’y goûter, juste au coup d’œil. Et les fleurs comestibles, c’est là qu’elles viennent jeter de la magie dans vos yeux (Bibidi babidi boo !).


Le sens de la vue, c’est quoi : Un des sens auquel nous accordons la quasi plus grande importance et qui est en fait à l’origine d’environ 80 % de l’information sensorielle que nous percevons. Devant de la nourriture, la vue nous renseigne entre autre sur la texture, la couleur et surtout, nous ouvre l’appétit (quand c’est alléchant bien entendu).


Pourquoi mange-t-on avec les yeux (ou pourquoi les fleurs comestibles ont elles leur place dans notre potager et dans notre assiette) ?


Un article paru dans la Presse en 2017 décrit très bien ce phénomène. Des chercheurs en psychologie expérimentale de l’Université d’Oxford ont poussé l’expérience afin de percer le mystère de cette relation amoureuse qu’entretient notre panse avec nos sens. Voici comment l’étude s’est déroulée : 3 assiettes comprenant exactement les mêmes ingrédients. L’une composée sans attention particulière, les aliments empilés les uns sur les autres, la 2e assiette, arrange de manière linéaire les mêmes ingrédients. La 3ecomposition quant à elle se veut carrément une ode à une toile de Kandinsky. Vassily Kandinsky, c’est un peintre du 20e siècle, fondateur de l’art abstrait et donc l’un des plus influent de son époque. Ses peintures sont des compositions articulées, des associations spécifiques de formes, de couleurs et de mouvement (c’est abstrait, ça, y aucun doute !).


60 participants, hommes et femmes, se sont prêtés à l’étude en goûtant tour à tour aux 3 assiettes. Ce n’est pas une surprise ; l’assiette de Kandinsky s’est nettement démarquée. Non seulement, les participants auraient payé plus cher (voire le double) pour cette assiette, mais surtout, ils ont trouvé que la 3e assiette avait meilleur goût (et ce, même si je vous le rappelle, elle était composée exactement des mêmes ingrédients que les 2 autres). Selon le psychologue qui a mené l’étude, « c’est une question de transfert du sens ». Une assiette à laquelle on a pris le temps d’ajouter de la valeur est en fait perçue comme le gage d’une expérience plus plaisante en soi, plus complète. Le Chef Franco-Colombien Charles Michel, acteur clé dans cette recherche, explique que notre cerveau a évolué pour apprécier la nourriture avec les 5 sens. Il croit aussi que notre expérience du goût est le fruit de nos attentes et de nos croyances.


Récapitulons : nous, les humains, sommes en mesure d’apprécier le goût ou l’expérience si nos sens sont sollicités de manière positive et si on trouve ça beau. Pour moi, les fleurs comestibles, c’est exactement ça ! Le visuel des couleurs dans une assiette et sa composition particulière initie l’expérience par la sollicitation des sens et stimule sans contredit, notre appétit et notre appréciation du plat avant même d’y avoir planté sa fourchette. Votre estomac, entretenant une relation intime avec vos sens, pour une partie de plaisir ! Chef Michel n’est pas sans rappeler que la nourriture que nous consommons, notre alimentation, a un impact direct sur notre humeur et même notre comportement. C’est une relation immédiate que nous entretenons avec notre environnement et d’en apprécier sa beauté fait de nous des êtres plus consciencieux, plus connectés à l’expérience, mais aussi plus connectés à dame nature.


Pour revenir à notre balcon, la cueillette (de fleurs, mais aussi de légumes ) a été très satisfaisante tout l’été. Cuisiner avec à portée de mains sur le balcon, tomates, herbes fraîches, concombres, courgettes, et fleurs comestibles a été une expérience des plus agréables pour la cultivatrice novice et urbaine que je suis.


En plus de pouvoir les manger, les fleurs sur le balcon nous ont mis de bonne humeur tout l’été. Bref, j’en ai planté même un peu trop d’ailleurs. On était littéralement envahis de fleurs comestibles (pensées, capucines, calendules). Le plan, c’est de doser l’ornementation. Pas de manger des salades de fleurs. Quoi que… (c’est vous qui voyez).


Si vous souhaitez cultiver des fleurs comestibles, il est conseillé de les acheter biologiques et de s’assurer qu’elles sont dédiées à la consommation. De grâce ! n’achetez pas ces grosses pensées pour plates-bandes dans les grandes surfaces dans le but de les ajouter à vos salades. Vous risquez de ne pas en apprécier le goût et elles ne sont pas cultivées pour l’alimentation.


Certaines fermes biologiques offrent des fleurs comestibles et c’est au printemps qu’il est temps le temps de « liker » les pages de fermes locales (je pense à La ferme de l’Aube pour les fleurs) et d’évènements de vente de plants de légumes et de fleurs (Marché de mai au Ausgang, Marché de Mai avec On sème, Épicerie Loco, Marché horticole du Collège Lionel-Groulx pour la rive-nord, alouette !) et de se ruer à la première heure pour dénicher vos petits bébés. Le marché Jean-Talon offre aussi une belle variété dans le bio. Vous aurez par la même occasion la satisfaction d’encourager vos producteurs locaux.


Je n’ai pas vraiment pris le temps de m’intéresser aux propriétés des fleurs comestibles (c’est un tout autre sujet), mais n’hésitez pas à vous renseigner sur leurs nombreuses vertus.


Allez ! Mettez-y du beau vous aussi. La vie vaut la peine d’être vécue en couleur.


Jeanne B.


Crédit photo : Jeanne B.

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7 Rang du Trait-Carré,
Sainte-Anne-des-Plaines

450.821.1847 / 514.605.8462

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